La grande distribution est-elle en train de tuer la production agroalimentaire française ?
Le cas Triballat pose une nouvelle fois la question. Il illustre surtout un constat que nous avions documenté lors de ma commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution :
Aujourd’hui, quelques grandes enseignes concentrent l’essentiel des débouchés (Leclerc, Carrefour, Auchan, Super U). Le rapport de force est extrêmement difficile à tenir pour les producteurs et les industriels français qui se retrouvent face à ces mastodontes lors des négociations.
C’est pourquoi je me suis rendue à Rians dans le Cher, le 21 septembre dernier, à la rencontre de Hugues Triballat. Ce président des Laiteries H. Triballat, connues notamment pour la marque Rians, m’a exposé la situation intenable que subit son groupe. Cette entreprise familiale créée en 1901 compte 1 600 salariés et 17 sites de production. Pourtant, en juillet dernier, la famille Triballat a annoncé son entrée en négociations exclusives avec Lactalis pour céder 100 % du capital.
Pour Hugues Triballat, sa contrainte est clairement identifiée : l’oligopole des centrales d’achat de la grande distribution. Il me l’a expliqué lors de notre rencontre, et l’a également répété dans une interview au journal de 13h de France Inter.
Le problème n’est pas la production, mais les débouchés puisque les négociations avec les centrales d’achat sont devenues extrêmement difficiles. Lors de ma commission d’enquête, nous avions déjà documenté ces pratiques prédatrices ; Hugues Triballat parle, lui, de « pressions insultantes et dégradantes » lors des négociations.
Et pendant ce temps, aucune hausse du tarif payé au producteur n’est acceptée, alors même que les prix à la caisse continuent d’augmenter pour les consommateurs. C’est toute l’absurdité de notre système.
Si nous en sommes aujourd’hui à voir un tiers des entreprises agroalimentaires en déficit, ce n’est pas sans lien avec ces pratiques. Il y a urgence à réguler la grande distribution par une législation ambitieuse.
Nous devons protéger notre production agroalimentaire française avant qu’elle ne disparaisse.

