Au CRA de Vincennes : un enfermement injuste

Avec mes collègues sénateur·ices écologistes de Paris, Anne Souyris et Yannick Jadot, je me suis rendue ce 19 juin au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes grâce à notre droit de visite parlementaire.

Les CRA ne sont pas des prisons. Les personnes n’y sont pas enfermées pour crime ou délit, mais sont retenues en raison de leur situation administrative, dans l’attente d’une éventuelle expulsion. Pourtant, ce sont aussi des lieux de privation de liberté et bien souvent, de conditions d’enfermement indignes et de non-respect des droits fondamentaux.

Cette visite a confirmé notre inquiétude. 

En début de canicule, nous avons relevé des températures jusqu’à 32°C dans certaines chambres dès le milieu de la matinée. Les bâtiments ne sont pas climatisés, les fenêtres ne disposent même pas de stores et les personnes retenues n’ont pas accès à des ventilateurs. L’état général du centre est très dégradé : locaux insalubres, sanitaires défectueux, problèmes d’accès à des douches régulières, manque d’intimité, vols.

Les associations comme le personnel nous ont fait part de la détresse sanitaire : de nombreuses personnes souffrent d’addictions ou de pathologies chroniques non prises en charge. L’absence d’interprètes complique souvent leur suivi médical, alors même que les tentatives de suicide sont fréquentes. Les détenus sont nombreux à devoir prendre des anxiolytiques ou des somnifères pour supporter un tel enfermement.

En cas de manquement à leurs droits, les délais pour déposer un recours sont trop courts et les conditions matérielles d’accès aux associations peuvent rendre ces démarches impossibles. En 2025, 81 plaintes pour violences policières ont été déposées auprès du procureur de la République à la suite d’événements survenus au CRA de Vincennes.

Mais ce qui frappe peut-être le plus, c’est le vide. À l’exception de quelques activités sportives ponctuelles, rien n’est proposé aux personnes enfermées. Elles attendent, pendant des mois, sans perspective ni occupation.

Nous l’avons constaté : la politique de rétention actuelle ne fonctionne pas !

À Vincennes, nous avons rencontré des hommes installés en France depuis des années, ayant un emploi, une famille, toute leur vie ici. L’un d’eux a témoigné avoir été placé sept fois en CRA en un an.

À mesure que les gouvernements durcissent les politiques migratoires, ils prolongent l’enfermement de personnes dont ils savent parfois qu’elles ne pourront pas être expulsées. 

Ils n’apportent aucune solution. Leur politique est indigne. Il est grand temps de remettre les droits fondamentaux et l’humanité au centre de nos politiques.