Le système perdant-perdant de la guerre des prix

Aujourd’hui, pour chaque produit alimentaire acheté, la répartition de la valeur est perdante pour les agriculteurs et la majorité des industriels. C’est ce qu’illustre le camembert principal de notre rapport : sur 100 euros de richesse créée, seulement 8 reviennent à l’agriculteur, 14 aux industriels et 40 sont captés par le commerce et le service. 

La guerre des prix est souvent présentée comme bénéficiant au consommateur. Mais derrière les slogans sur le pouvoir d’achat, notre commission d’enquête a découvert une réalité bien différente : un système qui fragilise progressivement ceux qui produisent et transforment notre alimentation.

Le rapport de force est profondément déséquilibré. Il est perdant pour les agriculteurs, et perdant pour les industriels :

Malgré les lois EGalim, la pression sur les prix reste forte. Les agriculteurs sont la variable d’ajustement d’un système qui cherche en permanence à tirer les prix vers le bas. Résultat : beaucoup peinent à vivre de leur travail alors même qu’ils constituent le premier maillon indispensable de notre alimentation.

Cette situation devient particulièrement inquiétante au regard du renouvellement des générations. Aujourd’hui, un agriculteur sur deux a plus de 55 ans. Si nous ne parvenons pas à garantir une rémunération digne aux producteurs, c’est notre capacité même à produire notre alimentation qui est menacée, et avec elle notre souveraineté alimentaire.

L’industrie agroalimentaire est également sous pression permanente. La commission a recueilli de nombreux témoignages décrivant des négociations brutales : menaces de déréférencement, baisses de commandes, exigences d’alignement tarifaire ou encore multiplication de services imposés facturés aux fournisseurs. Certains industriels ont même demandé d’être auditionnés à huis clos par crainte de représailles commerciales.

Cette pression continue affaiblit les entreprises. Aujourd’hui, près d’un tiers des PME et ETI agroalimentaires françaises est déficitaires Une situation qui s’aggrave dans le temps et qui freine les investissements, la modernisation des outils de production et la transition écologique.

Réveillons nous ! Lorsque les agriculteurs ne vivent plus de leur travail et que les industriels n’ont plus les moyens d’investir, c’est toute la chaîne alimentaire française qui disparaît. Derrière la guerre des prix se cache donc une autre réalité : celle d’un modèle économique destructeur pour nos emplois, de notre agriculture et de notre souveraineté.