Bio : quand la grande distribution marge nos choix les plus vertueux

Manger bio coûte plus cher. Tout le monde le sait. Mais ce que notre commission d’enquête sur les marges de la grande distribution a mis en lumière est beaucoup plus choquant : une partie de cet écart de prix ne profite ni aux agriculteurs ni à la qualité des produits. Elle alimente les marges des distributeurs.

Les chiffres sont édifiants.

Les travaux de l’économiste Olivier Mevel sur le marché de l’œuf montrent que la marge brute de la grande distribution est parfois deux fois plus élevée sur des œufs bio que sur des œufs issus de poules élevées en cage.

Source : Rapport de la commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution.

Plus révoltant encore : dans certains cas, l’éleveur bio ne dégage aucun revenu supplémentaire. Il vend ses œufs à prix coûtant, tandis que le consommateur paie beaucoup plus cher en rayon. Autrement dit, celui qui produit mieux n’est pas mieux rémunéré, mais celui qui distribue prélève davantage.

Et ce constat dépasse largement le secteur des œufs.

Le 28 mai dernier, l’association Que Choisir Ensemble a publié une étude confirmant les conclusions de notre rapport. Elle révèle que les marges pratiquées sur les fruits et légumes bio sont en moyenne 81 % plus élevées que sur les produits conventionnels. Pour une pomme bio, la marge du distributeur peut représenter jusqu’à 61 % du prix payé par le consommateur.

Source : Que choisir ensemble – Rapport fruits et légumes bio, 28 mai 2026.

Même constat pour le chocolat. Une étude réalisée par Basic en mars 2026 montre que plus un produit présente des garanties sociales et environnementales élevées, plus la grande distribution tend à augmenter sa marge. Ainsi, un chocolat bio et équitable génère davantage de marge qu’un chocolat conventionnel.

Pourquoi de tels écarts ?

Au fil des auditions, une explication est apparue avec insistance : certaines enseignes fixent leurs marges non pas en fonction de leurs coûts, mais en fonction de la « valeur perçue » du produit. Puisque le bio est considéré comme meilleur pour la santé et pour l’environnement, elles estiment que les consommateurs accepteront de payer davantage.
Cette logique est profondément contestable.

Elle revient à transformer l’alimentation de qualité en produit de luxe. À faire payer plus cher celles et ceux qui souhaitent mieux manger. À pénaliser les consommateurs les plus engagés tout en fragilisant les producteurs qui ont fait le choix de pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Les perdants sont nombreux : les agriculteurs bio, qui peinent à vivre de leur travail ; les consommateurs, qui voient les prix s’envoler ; et plus largement notre capacité collective à développer une alimentation saine, durable et accessible à tous.

À l’heure où la filière bio traverse une crise majeure et où l’inflation pousse de nombreux ménages à renoncer à ces produits, maintenir des prix artificiellement élevés est une impasse.

Nous avons besoin de transparence sur les marges et d’un partage plus juste de la valeur. Car l’alimentation bio ne doit pas être un privilège réservé à quelques-uns. Elle doit devenir un choix accessible au plus grand nombre.