En cette rentrée 2026, les parents s’inquiètent. Ils craignent de confier leurs enfants à l’école ou la crèche, après les graves scandales de ces derniers mois.
Le 3 avril, en pleine campagne municipale, Emmanuel Grégoire a révélé que la Ville de Paris avait déjà suspendu 78 animateurs depuis le début de l’année, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles. La gravité de ces révélations leur a donné un large écho médiatique, jusqu’à aujourd’hui.
Début septembre, Radio France a révélé que le problème dépassait largement Paris. En cinq ans, le collectif SOS Périscolaire a recueilli 587 témoignages dans 73 départements. Et les vingt plus grandes villes de France sont toutes confrontées à des signalements ou à des enquêtes concernant des animateurs. À Angers, Lyon, Toulon, Le Havre, Lille, Marseille, Colmar, les mêmes causes sont identifiées : recrutements dans l’urgence, personnes signalées parfois déplacées plutôt que définitivement écartées, manque de contrôle envers les encadrants du périscolaire.

Le problème n’est donc pas uniquement parisien, mais malheureusement systémique.
Depuis dix ans, les règles de l’animation périscolaire ont été assouplies par le décret du 1er août 2016. Il réduit l’encadrement des projets éducatifs territoriaux à un animateur pour 14 enfants de moins de 6 ans, et un pour 18 enfants de 6 ans ou plus.
Dans le même temps, le secteur fonctionne dans une grande précarité. À Paris, le périscolaire représente à lui seul environ 15 000 animateurs, dont 10 000 précaires, avec plusieurs milliers de vacataires recrutés chaque année. On demande donc toujours plus aux équipes, avec toujours moins de temps et de moyens.
Quand les services publics sont sommés par le gouvernement de fonctionner à budget très réduit, ce sont les temps de formation, de contrôle et de prévention qui deviennent des variables d’ajustement. Pourtant, la prévention n’est pas une dépense secondaire. C’est la première protection des enfants.
Les violences sur enfants augmentent du fait de ce contexte de défaillances administratives, certes, mais leur cause est patriarcale.
Les violences faites aux enfants ne sont pas seulement le fait de quelques individus qui seraient, par nature, différents des autres. Les auteurs doivent évidemment répondre de leurs actes, mais nous devons aussi regarder ce qui permet à ces violences de se produire. Lorsqu’une société banalise les rapports de domination, apprend aux enfants qu’il doivent toujours obéir aux adultes, et aux adultes qu’ils ont autorité sur les enfants, elle crée un terrain favorable à ces violences.
L’adultisme permet de mieux comprendre les causes de ce système de violences. C’est l’idée qu’un adulte sait toujours mieux que l’enfant, que la parole de l’enfant peut attendre, être relativisée et interprétée à sa place. Dans plusieurs affaires parisiennes, des alertes avaient été lancées avant que les institutions ne réagissent. C’est précisément là que nous devons regarder et faire évoluer la prise en compte sociétale de la parole des enfants.
En juin, j’ai plaidé en hémicycle pour un passage d’une culture de la domination à une culture de la protection. Les mouvements féministes et infantistes réussissent à faire évoluer la loi, actuellement avec la proposition de loi visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants, discutée à l’Assemblée.
Pour être juste et efficace, elle doit donner de vrais moyens à la prévention. Parce que la meilleure protection, c’est celle qui empêche la violence de se produire. Elle doit aussi donner aux collectivités les moyens de gérer localement les cas de violences, avec des procédures claires, des équipes formées et la possibilité de prendre rapidement des mesures de protection lorsque des enfants sont en danger.
Cette rentrée 2026 doit donc être celle du changement. De méthode d’abord, avec plus de formation et plus de contrôle ; de culture ensuite, la protection de l’enfance devenant une priorité. Les enfants ont le droit d’être protégés. Les parents ont le droit d’être rassurés. Et les professionnels du périscolaire ont eux aussi le droit d’exercer leur métier dans de bonnes conditions. À l’État de leur en donner les moyens.

