Ce 2 juillet au Sénat, la proposition de loi « d’urgence agricole » a été définitivement dévoyée. Derrière la promesse de répondre aux difficultés du monde agricole, le texte adopté en hémicycle organise surtout un recul historique de nos protections environnementales et sanitaires, sans apporter de réponse aux véritables causes de la crise.
Le retour de l’acétamipride, un pesticide interdit en France, sera désormais autorisé. Pourtant, la dernière tentative de réintroduction de l’acétamipride avait récolté contre elle plus de 2,1 millions de signataires pour la pétition contre la loi Duplomb !
En plus d’un danger sanitaire et écologique, ce vote est un déni démocratique.
La loi d’urgence agricole marque aussi un grave recul dans la gestion de l’eau. Les zones humides sont aussi atteintes alors même qu’elles sont indispensables pour préserver la ressource et limiter les effets des sécheresses. La gestion de l’eau s’éloigne aussi du contrôle démocratique : le texte facilite les prélèvements dans les nappes phréatiques au bénéfice d’un modèle agricole productiviste d’une minorité d’exploitants, au détriment de l’intérêt général et des paysans eux-mêmes. La loi ouvre également la voie à davantage d’artificialisation des sols et autorise l’abattage des loups sans appréciation globale de la biodiversité.
Pendant ce temps, les véritables réponses attendues par les agriculteurs ont été écartées.
Avec mes collègues écologistes, nous avons défendu des amendements pour mieux rémunérer le travail agricole, soutenir l’agriculture biologique et agroécologique, protéger la biodiversité, instaurer des clauses miroirs contre la concurrence déloyale, agir sur le prix des matières premières agricoles, sur la transparence des prix.
Pour ce qui me concerne, trois ont été votés :
- Un premier sur les dates des négociations commerciales avec les distributeurs ;
- Un deuxième sur les négociations également, pour que les prix d’achat des produits agricoles couvrent les coûts de production ;
- Un dernier sur la transparence de l’origine des produits alimentaires.
Toutefois, cette loi illustre un choix politique : répondre à la colère agricole par un affaiblissement des règles environnementales plutôt que par une meilleure répartition de la valeur. Pourtant, la crise que traversent les agriculteurs est d’abord une crise du revenu. Sans prix rémunérateurs, sans protection face au dumping international et sans accompagnement de la transition, aucune dérégulation ne permettra de garantir l’avenir de notre agriculture.
C’est ce combat que je continuerai de porter au Sénat.

