L’acharnement médiatique de la grande distribution

Dès sa publication, notre rapport sur les marges de la grande distribution a rencontré un intérêt médiatique inédit. Télévision nationale, radio, presse écrite, médias spécialisés, presse régionale : le sujet a trouvé un écho bien au-delà des cercles habituels de l’actualité parlementaire.

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Il faut dire que la question touche directement au quotidien des Français : pourquoi les prix augmentent-ils dans les rayons alors que de nombreux agriculteurs ne vivent pas de leur travail ? Comment se partage réellement la valeur de notre alimentation ?

Face à cet engouement, la réaction des dirigeants de la grande distribution ne s’est pas fait attendre. Michel-Édouard Leclerc, Alexandre Bompard, Dominique Schelcher ou encore la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) ont multiplié les interventions médiatiques pour tenter de discréditer les conclusions de la commission sénatoriale.

Cette contre-offensive ne m’a pas surprise. Le rapport bouscule un récit entretenu depuis des années : celui d’une grande distribution qui serait garante du pouvoir d’achat des Français. Un discours largement relayé par un secteur qui demeure le premier annonceur du pays, avec plus de 3 milliards d’euros investis chaque année en publicité.

Mais derrière la polémique apparente, les distributeurs évitent soigneusement de répondre aux principaux constats de l’enquête :

  • le rôle des centrales d’achat installées à l’étranger pour contourner certaines lois françaises ;
  • les services facturés aux fournisseurs pour des montants démesurés ;
  • les rapports de force dénoncés par de nombreux industriels ;
  • la place croissante de l’immobilier, de la logistique et des activités financières dans la captation de la valeur ;

Sur ces sujets, les dirigeants de la grande distribution sont beaucoup plus silencieux.

Une actualité est alors passée sous les radars médiatiques : quinze cadres et anciens cadres de la grande distribution et de l’agroalimentaire ont publiquement soutenu les constats du rapport et appelé les pouvoirs publics à mieux encadrer certaines pratiques du secteur. Cette prise de position est d’autant plus remarquable que plusieurs industriels nous avaient confié, au cours des auditions, craindre des représailles commerciales s’ils s’exprimaient publiquement.

L’objectif de ce rapport n’a jamais été de désigner des coupables. Il est de comprendre la répartition de la valeur dans la chaîne alimentaire afin de mieux protéger les consommateurs, les producteurs et nos entreprises agroalimentaires.

Ces enjeux sont majeurs. C’est pourquoi ce rapport dérange. Et c’est aussi pourquoi il était nécessaire.