#MeToo recherche : l’omerta doit tomber.

Le 29 avril dernier, en Commission des affaires économiques, j’ai interrogé Antoine Petit, président-directeur général du CNRS, sur une réalité encore trop souvent minimisée : les violences sexistes et sexuelles dans le monde de la recherche.

Car derrière l’image d’excellence et de mérite que renvoie l’institution scientifique, les chiffres sont accablants.

Une enquête menée dans 46 universités et centres de recherche révèle que deux tiers des femmes interrogées déclarent avoir subi des violences. Une autre étude indique qu’une scientifique sur deux a été confrontée à des situations de harcèlement sexuel au cours des dernières années.

Ces violences ne relèvent pas de cas isolés. Elles traduisent un problème structurel.

Dans son ouvrage Comment l’université broie les jeunes chercheurs, la chercheuse Adèle Combes décrit des mécanismes désormais bien identifiés : abus de pouvoir, dépendance hiérarchique, violences psychologiques, précarité organisée. Des logiques que l’on retrouve dans d’autres milieux marqués par une forte concentration du pouvoir, comme le cinéma ou la politique.

Le monde de la recherche n’échappe pas à ces rapports de domination. Bien au contraire.

Si les femmes représentent aujourd’hui près de la moitié des personnels de recherche, elles disparaissent progressivement à mesure que l’on gravit les échelons du pouvoir : autour de 30 % seulement des professeurs d’université sont des femmes, et leur présence chute encore dans les postes de direction. Au CNRS, elles restent largement minoritaires à la tête des unités de recherche.

Cette sous-représentation n’est pas anodine. Elle entretient des rapports de pouvoir déséquilibrés, favorise les abus et freine durablement les carrières scientifiques des femmes.

Comment parler d’égalité dans un système où tant de chercheuses évoluent encore dans la peur, le silence ou l’isolement ?

Le #MeToo de la recherche n’a pas encore eu lieu. Pourtant, il est devenu indispensable.

Parce qu’aucune institution, aussi prestigieuse soit-elle, ne doit rester à l’abri de la parole des victimes.

Parce que la science ne peut progresser durablement dans un climat d’impunité.

Et parce qu’il est temps de briser l’omerta qui entoure encore ces violences.