2026 est une année record de fermetures de librairies en France et Paris n’y échappe pas. En effet, depuis le printemps, la situation des librairies indépendantes parisiennes connaît une nouvelle crise avec la fermeture de deux boutiques du réseau “Gibert Joseph” (Barbès et Quai Saint-Michel) et la suppression d’une trentaine d’emplois.
La situation économique des librairies indépendantes devient critique : la concurrence déloyale des plateformes de vente en ligne, notamment Amazon, et la mainmise sur l’économie du libre par les grands groupes, menacent gravement leur équilibre. Et si la possède, avec plus de 3.000 librairies indépendantes, l’un des réseaux les plus denses au monde, cette exception culturelle est en grave péril.
Ces difficultés financières s’ajoutent aux nombreux actes de vandalisme et d’intimidation à l’encontre de nos librairies en 2025.
J’ai donc saisi la ministre de la Culture pour exiger des réponses concrètes aux dangers qui pèsent sur nos libraires.
Depuis la loi Darcos adoptée en décembre 2023, Amazon (et les autres plateformes) ne peuvent plus proposer gratuitement de livraison de livres à domicile. La impose un prix plancher de 3 € pour les frais d’envoi des livres neufs achetés en ligne.
Mais Amazon contourne cette obligation en proposant une livraison gratuite dans des supermarchés et hypermarchés partenaires, mais surtout dans des casiers automatiques (ou « lockers »). Comme il ne s’agit pas d’une livraison à domicile, la multinationale considère qu’elle n’a pas à respecter les frais plancher à 3 euros. Cette pratique est considérée comme illégale par le Médiateur du Livre (autorité administrative indépendante) mais le gouvernement tarde à y répondre.
Dans sa course à la concurrence déloyale, Amazon a annoncé, en octobre dernier, rétablir un rabais de 5 % pour les ouvrages retirés dans les commerces partenaires, alors qu’une loi de 2014 interdit cette pratique pour les livraisons à domicile.
Cinq groupes, se partagent aujourd’hui 75 % du chiffre d’affaires réalisé sur le territoire, l’économie du livre : Hachette (Fayard, Stock, Grasset, Larousse), Editis (La Découverte, Delcourt, Robert Laffont, Nathan), Média Participations (Seuil, Fleurus, Dargaud), Madrigall (Gallimard, Flammarion, Folio) et Albin Michel.
Plus préoccupant, la mainmise de certains de ses groupes sur la distribution des livres et de leur diffusion. En somme, comme dans la grande distribution, une multitude de petits acteurs, les librairies indépendantes, font face à des géants économiques capables d’influencer non seulement la diversité éditoriale mais aussi les pratiques commerciales.
Je demande de la ministre de la Culture qu’elle apporte des réponses concrètes aux risques critiques qui pèsent sur nos libraires : renforcement du régime de sanctions contre les abus des grandes plateformes et un meilleur soutien financier aux librairies indépendantes.
A voir la cartographie de la concentration dans le monde de l’économie : https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/edition-qui-possede-quoi

