Les marges au centre du débat : six mois d’enquête pour lever le voile sur les pratiques de la grande distribution

Nous l’avons fait.

Après six mois d’auditions, d’investigations et de travail parlementaire, la commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution, dont j’étais rapporteure, a rendu ses conclusions le 21 mai dernier. Présenté lors d’une conférence de presse très suivie, ce rapport marque une étape importante dans la compréhension des mécanismes qui déterminent le prix de notre alimentation.

Notre enquête met en lumière une réalité préoccupante : ceux qui produisent la richesse ne sont pas ceux qui en récoltent les fruits.

Alors que les agriculteurs peinent à vivre de leur travail et que les consommateurs voient leur ticket de caisse s’alourdir, une part croissante de la valeur créée est captée par le commerce et les services. Derrière les négociations commerciales se cachent souvent des rapports de force particulièrement déséquilibrés, au détriment des producteurs et des industriels les plus fragiles.

Nos travaux révèlent également des pratiques qui interrogent profondément. Certaines enseignes appliquent des marges plus importantes sur les produits biologiques ou de meilleure qualité, pourtant choisis par les consommateurs pour leurs bénéfices environnementaux ou sanitaires, pour compenser des marges plus faibles sur des produits ultra-transformés comme le Coca ou le Nutella.

Nous avons aussi démontré comment des centrales d’achat installées à l’étranger permettent à la grande distribution de contourner l’esprit et la lettre des lois françaises destinées à protéger les agriculteurs.

Ces constats ne relèvent pas de simples dysfonctionnements : ils traduisent une concentration du pouvoir économique qui fragilise l’ensemble de la chaîne alimentaire.

Face à cette situation, notre rapport formule des propositions concrètes pour rétablir davantage d’équilibre et de justice. Nous demandons plus de transparence sur la formation des prix et des marges, un encadrement renforcé des centrales d’achat européennes, des sanctions réellement applicables contre les contournements de la loi, ainsi qu’une meilleure protection des PME, des ETI et des producteurs lors des négociations commerciales.

Au-delà de ses conclusions, cette commission d’enquête a permis de porter au cœur du débat public une question fondamentale : qui profite réellement de la valeur créée par notre alimentation ?

L’écho médiatique et l’intérêt citoyen suscités par nos travaux montrent que cette interrogation dépasse largement le cadre des négociations commerciales. Elle touche à notre modèle agricole, à la rémunération du travail, à la souveraineté alimentaire et au pouvoir d’achat de chacun.

Désormais, le temps du constat est derrière nous. L’enjeu est de transformer ces révélations en décisions politiques concrètes afin que la valeur soit mieux répartie entre celles et ceux qui produisent, transforment et consomment notre alimentation.

Revoir la conférence de presse.