L’équation de la péréquation.

Depuis décembre, se déroulent les auditions de notre Commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution.

Elles se sont tenues dans un contexte tendu, révélant l’importance primordiale des conclusions qui seront tirées de ce travail. Lors de la table ronde réunissant les principaux syndicats d’agriculteurs, la Confédération paysanne n’a pas pu être entendue. 51 de ses membres se trouvaient alors en garde-à-vue. Une arrestation incomprise, survenue lors d’une manifestation vraisemblablement pacifiste, qui tranche avec le traitement policier habituellement conciliant envers les agriculteurs.

Un enjeu central se dégage des premières tables-rondes : la péréquation. 

En effet, plusieurs responsables nous ont expliqué que les distributeurs n’appliquent pas le même taux de marge à toutes les catégories de produits. Ce système de péréquation vise à maintenir sa moyenne de marges, qui dissimule une forte inégalité des taux de marge entre produits.

Scandale sanitaire ! En poursuivant notre enquête, il nous a été confirmé que les aliments sains et frais, comme les fruits et légumes, sont très fortement margés, à l’inverse des produits dits « d’appel » tels que le Nutella ou le Coca-Cola, dont la marge est presque nulle.

Cette situation est particulièrement préoccupante : les industriels font le choix de favoriser la vente d’aliments plus gras, plus sucrés et donc moins bons pour la santé tout en rendant inaccessible les fruits et légumes pour les plus précaires ! 

 » C’est le Coco de Paimpol et le chou-fleur de Saint-Paul qui financent le Coca d’Atlanta » !

Il nous a également été démontré que les produits biologiques subissent des marges encore bien plus élevées que ceux du secteur conventionnel. De quoi plomber une filière dont la réputation d’inaccessibilité économique pourrait en réalité s’expliquer en partie par des marges dissimulées.

Face à ces constats, les distributeurs entendus comme le PDG de la Coopération U, Dominique Schelcher, affirment que cette péréquation n’est pas choisie. Elle leur serait imposée par le fait que les rayons légumes, fruits et bio, nécessitent davantage de personnel. Pourtant, ce découpage des coûts rayons par rayons apparaît, lui, pour ce qu’il est : un choix stratégique qui mine la santé des Français.