La colère des agriculteurs français gronde. Début janvier, des mobilisations agricoles de grande ampleur ont eu lieu à Paris. Plusieurs centaines de tracteurs ont bloqué des axes symboliques aux abords de l’Assemblée nationale pour dénoncer cet accord. Des producteurs de la Confédération paysanne ont été interpellés violemment malgré leur pacifisme manifeste, avant d’être placés en garde-à-vue.
Cette opposition au Mercosur ne se limite pas à Paris. Des blocages de sites portuaires et de routes ont été organisés au port du Havre, sur l’autoroute A1, La Rochelle, Bayonne… Partout, des milliers d’agriculteurs alertent sur les conséquences de cet accord : concurrence déloyale, affaiblissement des normes sanitaires et environnementales, et remise en cause de notre souveraineté alimentaire.
Après près de 25 ans de négociations, la Commission européenne a obtenu le feu vert d’une majorité d’États membres au Conseil européen pour finaliser cet accord de libre-échange. Il vise à supprimer progressivement les tarifs douaniers sur une très large gamme de produits entre l’UE et le Mercosur, créant une zone commerciale de plus de 700 millions de personnes.
Malgré l’opposition affichée de de la France, ce processus va permettre à la Commission de signer officiellement ce traité, le 17 janvier, au Paraguay. Il doit ensuite être soumis à ratification par le Parlement européen et les parlements nationaux.
Les opposants à cet accord réclament :
- L’abandon pur et simple du traité qu’ils jugent une menace directe pour les filières agricoles européennes ;
- Des protections renforcées des normes sanitaires, environnementales et sociales, qui sont supérieures en Europe à celles des pays du Mercosur ;
- Des mesures concrètes de soutien pour faire face à l’impact économique de l’ouverture du marché (prix, concurrence, standards de production).
Plus généralement, ils dénoncent une politique commerciale qui privilégie la libéralisation au détriment de la souveraineté alimentaire et de la pérennité des exploitations.
La Commission a promis des fonds supplémentaires pour la PAC et insiste sur des mécanismes de sauvegarde, sans revenir sur les grandes lignes du texte. Le gouvernement français a explicité son opposition à l’accord et annoncé des mesures de soutien aux agriculteurs qui restent critiquées face à l’ampleur de la crise.
Les conséquences économiques, sociales et environnementales que cet accord entraînera n’ont pas été prises en compte. Nous ne voulons pas sacrifier la souveraineté alimentaire et la pérennité des exploitations européennes sur l’autel de la libéralisation commerciale.
La colère exprimée ces dernières semaines montre que ce débat ne peut pas être traité à huis clos. Il doit faire l’objet d’un véritable débat citoyen et d’alternatives qui protègent à la fois les agriculteurs, les consommateurs et l’environnement.

